Etudiant à l’IEP de Grenoble, et membre des jeunes populaires depuis 2006, j’ai décidé de m’impliquer de façon différente en politique l’année dernière en m’engageant dans une association de soutien scolaire en ZEP.
En effet, considérant que pour lutter contre l’inégalité des chances qui sévit malheureusement dans notre pays, il ne suffisait pas de proclamer qu’il fallait plus de moyens, mais qu’il était plus pertinent que chacun agisse concrètement à petite échelle, il me semblait naturel d’adhérer à l’association de mon école se préoccupant de la question. En plus de cela, mon souhait était d’être confronté à la réalité du terrain, afin de mieux appréhender la question des inégalités scolaires qui tient à cœur notre famille politique, comme l’a montré la réflexion menée l’an dernier autour de l’opération « Les pépites de la nation ».
Le but de l’association était de réunir des étudiants de mon école, afin qu’ils encadrent chacun un élève tout le long de l’année. Cet accompagnement consistait, non seulement à l’aider pour faire ses devoirs, mais aussi à tenter de combler ses lacunes accumulées au cours des années. D’autre part, l’objectif était également de permettre aux tuteurs de s’intégrer au milieu social et familial de l’élève afin de mieux cerner ses difficultés.
J’ai donc eu la chance d’aider un 3ème d’un collège ZEP de l’agglomération grenobloise pendant tout une année scolaire. Je le voyais en moyenne une fois par semaine pendant une heure et demie, et je l’assistais généralement pour les devoirs à la maison.
Cette expérience a été particulièrement enrichissante pour moi, d’autant plus que je suis tombé sur un élève sérieux et courageux soutenu par une famille volontaire. Néanmoins, cela m’a aussi aidé à prendre conscience de la gravité des problèmes qui existaient dans les établissements ZEP, ainsi qu’à remettre en cause quelques idées préconçues qu’on pourrait avoir.
Au premier chef, la question du manque de moyens. On entend souvent dire, notamment de la part des milieux de gauche, que le problème réside essentiellement dans le manque de moyens financiers, et qu’un accroissement du budget résoudrait la question. C’est à partir de ce postulat que le pouvoir socialiste de l’époque a mis place en 1981 les Zones d’Education Prioritaire. Or, dans le collège (classé ZEP) de mon élève, on peut dire que les moyens financiers étaient là : des locaux neufs venant d’être rénovés, des salles de classe bien équipés, moins d’une vingtaine d’élèves par classe, un grand amphithéâtre pour les réunions… Pourtant les difficultés étaient bien présentes malgré cela, comme en atteste la faiblesse des résultats au brevet de cet établissement.
J’ai pu constaté en particulier, à travers les témoignages de mon élève et de ses parents, le manque d’autorité des professeurs dans les salles de classe qui empêchait mon élève de pouvoir prendre son cours convenablement dans certaines matières.
A cela, s’ajoute le fossé qui sépare les programmes de cours et les besoins réels des élèves qui, dans le cas présent, étaient bien souvent incapables de lire un texte et de le comprendre, sans parler des problèmes d’orthographe. Ce constat vient d’ailleurs légitimer le combat que mène le gouvernement actuel pour essayer de recentrer l’enseignement de l’école primaire et du collège sur l’essentiel, c’est-à-dire la maitrise de la lecture et de l’écriture.
Enfin un autre aspect qui m’a frappé, c’est l’état d’esprit général dans lequel mon élève évoluait : la violence dans la cour de récréation, le problème de l’assiduité en cours… Un climat défavorable à l’apprentissage renforcé par les conflits entre les membres de communautés différentes.
Malgré ces constats décourageants, je tire un bilan plutôt positif de cette expérience. D’une part, parce que cela a été enrichissant sur le plan humain, d’autre part parce que mon élève même s’il n’a pas obtenu son brevet, a pu, avec force et détermination, obtenir la formation qu’il voulait par la suite.
Je compte renouveler mon engagement au sein de cette association, car je considère qu’on ne peut pas séparer la politique de l’engagement personnel auprès des autres.